POINT D’INTERROGATION – Nouvel Horizon

La Chronique de Tamsir Ndiaye Jupiter

OPPOSITION : BATHILY, NOUVEAU CAPITAINE

L’opposition sénégalaise ressemble à une équipe de football claudicante dont Abdoulaye BATHILY semble être le nouveau capitaine et DANSOKHO le libero. Les autres, piégés dans l’enrôlement des contingences politiciennes et des contradictions internes, s’accommodent plus des événementialités et ne prennent pas d’initiatives conquérantes. C’est que le leader de la LD/MPT a des atouts. Il a l’expérience du combat politique contre le pouvoir et la connaissance de WADE, son ancien compagnon, dont il connaît les insuffisances, les limites, les faiblesses, les forces et les responsabilités historiques. Il a également un courage politique enhardi par une époque qui l’a fait valser entre l’espace du pouvoir et l’univers carcéral. Il sait enfin manier le droit à l’expression de façon assassine. De même, Amath DANSOKHO a ses avantages. Il a une liberté de ton qui déroute même les plus déliés des censeurs et qui bouleverse même le pouvoir.

Mais, dans les autres partis de l’opposition, ce sont plus des individualités qui s’imposent. Au PS, c’est Abdoulaye WILANE qui mène un combat frontal, avec fougue et hargne. Si ce n’est pas Khalifa SALL, c’est Aminata Mbengue NDIAYE qui va au front. A l’AFP, c’est Mbaye DIONE qui investit aujourd’hui l’arène. Talla SYLLA du Jëf Jël, ne faisant plus que des apparitions irrégulières, Benoît SAMBOU et Moussa TINE engagent la bataille.

De ce qui reste de la gauche historique, le dernier des Mohicans, Momar SAMB, reste inextricable à la défense des travailleurs. Au PR, c’est toujours Seydou GUEYE qui mène le débat. Au MDS – Niax Jariñu, c’est seul Cheikh SARR qui affronte le Sopi et refuse les compromis. Les autres responsables des partis de l’opposition ainsi que certains leaders élaborent des combines, luttent par procuration ou cherchent à s’inviter dans l’espace prédateur du Sopi où les noms et les substantifs ont pour épithètes des milliards et des sinécures.

Or, au Sénégal, les périls sont possibles car l’Alternance s’identifie à un cheval fou qui va dans tous les sens. Les finances publiques hoquètent. Les rêves des citoyens s’évanouissent dans les ténèbres des forfaitures. Les Institutions, étant à la dévotion du Prince, sont mises à rude épreuve parce que dévoyées, désarticulées et démystifiées.

Il manque alors à l’opposition un discours franc, constant, cohérent, unitaire, audacieux et original et un plan d’action mobilisateur autour d’un leader qui soit l’écho des frustrations et des exaspérations des masses. Mais certains leaders de l’opposition qui devraient proposer une alternative opérante sont trop enfermés dans les sphères du pouvoir. C’est pourquoi, on les voit rarement tenir des discours musclés et galvanisateurs et on ne les verra point « descendre dans la rue pour chasser WADE » de Roume, à leurs risques et périls, au cas où des coups politiques seraient fomentés contre la loi fondamentale ou contre le processus électoral.

Ils se tiennent au sein du CPC et du G10 en embuscade et se claquemurent dans des réactions ataraxiques. Certains observateurs assimilent cette mollesse à une commodité républicaine. Mais, la majorité des citoyens l’assimile à une sorte de veulerie qui, in fine, risque de les disqualifier. Pourtant, l’opposition a eu la chance d’être épurée de la voix de Djibo KA qui l’altérait. Mais à cause de sa mollesse, Wade, dans son élan belliciste, ne la respecte pas et lui fait endosser même la responsabilité des crises auxquelles elle n’est pas pourtant liée. Pire, un chapelet ininterrompu de coups politiques et de traquenards investit l’espace démocratique, en fausse le jeu et compromet le processus électoral. Et l’opposition n’a pas eu des réactions spontanées dans un élan d’avant-garde et d’anticipation.

Or donc, sous SENGHOR, les Sénégalais étaient fatigués. Sous DIOUF, ils étaient fâchés. Même avec les milliards du PDS, des partis transhumants et des partis alliés sont ahuris parfois indignés par certaines pratiques. C’est que WADE a dilapidé la victoire du 19 Mars 2000 en divisant son parti, les partis de l’opposition ainsi que des structures civiles au lieu de les rassembler sur ce qui peut obtenir leur assentiment. Le Sopi est alors passé de l’état de grâce à un état de classes qui a enfanté une guerre froide ayant lézardé les institutions et terni l’image du pays. Et c’est sans état d’âme que, dans l’impasse d’un conflit crypto-personnel, l’on élabore une combine pour « le partage du butin » après que la loi ait été piétinée.

Alors, en querellant l’opposition pour imposer un autre débat, il a eu un répondant, Abdoulaye BATHILY, qui fait face et engage la bataille. Comme dans un combat frontal, celui-ci saisit l’occasion et mène le jeu avec un courage inégalé. Non seulement, il dribble, cogne et fait mal, mais il met l’adversaire à nu comme pour faire découvrir une « nature hideuse » et un « passé violent et destructeur » qui laisse une dartre sur la mémoire du Sopi et aliène son histoire clair-obscur.

 

 

 

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