ANNONCE DU REPORT DU SOMMET DE L’OCI

"C’est l’échec d’une entreprise familiale" selon Abdoulaye Bathily de la Ld-Mpt
Nettali.com |26 avril 2006 | 15:37

Les réactions ne sont pas fait attendre après l’annonce du Président Abdoulaye Wade de reporter le Sommet de l’OCI prévue en 2007 à Dakar pour cause de retard dans la finition des travaux devant accueillir les dirigeants de la UmmaH Islamique. Abdoulaye Bathily parle d’incompétence des personnes à qui l’organisation de ce sommet a été confiée.

Le professeur Abdoulaye Bathily, leader de la LD-MPT et opposant radical au régime de l’alternance souligne qu’il a eu raison. « C’est l’échec d’une entreprise familiale et j’avais dit que le sommet n’aurait pas lieu. Tous ceux qui sont avertis sur le plan international savaient qu’il y avait un problème de confiance de la communauté internationale envers le sénégal. Les gens estimaient que le Président avait mis en avant son fils Karim Wade. Je n’ai aucun problème avec Karim Wade, mais il n’a aucune expérience de la diplomatie, ni politique ni de gestion des derniers publics". Le jallarbiste en chef ajoute que « le Sénégal a des diplomates chevronnés, qui ont été écartés. Il y a des sénégalais qui avaient organisé le sommet de l’OCI avec Abdou Diouf pourquoi on n’a pas cherché cette expertise", assène t-il. Le professeur Bathily estime par ailleurs que "le Président Abdoulaye Wade expose inutilement son fils. Et que « le garçon ne mérite pas cela".

ENTRETIEN AVEC… Abdoulaye BATHILY, secrétaire général de la LD/MPT : «Karim Wade n’a aucune compétence pour organiser une conférence de l’OCI»

Sans détours. Sans contorsions sémantiques, explications alambiquées et compliquées. Le Pr. Abdoulaye Bathily n’use point de ces expédients courants chez beaucoup d’hommes, pour asséner ses vérités. Ses certitudes. Ici, sans langue de bois, le secrétaire général de la Ligue démocratique/Mouvement pour le parti du travail (LD/MPT) met à nu les dérives du régime de Me Wade, les opacités et autres incongruités qu’il identifie dans la gestion du gouvernement actuel….

Que pensez-vous de l’argument, «force doit rester à la loi», utilisé souvent pour justifier l’arrestation des hommes politiques ?

La loi, c’est quoi ? C’est l’expression de la volonté populaire que traduit le législateur. Mais, sous le régime de Wade, nous avons des lois anti-nationales. La loi Ezzan en est une. Dans notre histoire nationale, on n’a jamais amnistié des criminels et leurs commanditaires. Les crimes de sang ont toujours été classés en dehors du champ de l’amnistie. C’est Abdoulaye Wade qui l’a amené dans notre histoire. La prorogation du mandat des députés ne s’est jamais faite dans notre histoire nationale. Même dans les pays où cela s’est fait, c’est dans des cas de crises graves, de guerres civiles. Et même dans certains cas, l’on ne permet pas ; on met en place un Parlement de transition. La loi, c’est quoi ? Abdoulaye Wade est le plus mal placé pour donner des leçons en la matière. Je me rappelle, en 1983, c’est la première fois d’ailleurs qu’on s’est mis avec Abdoulaye Wade. Quand on a créé le Front du refus après les fraudes électorales, suite à un meeting au Triangle Sud, après les élections de février 83, chacun a dit : «Non, on mettra fin à ces fraudes électorales. Non à la mascarade électorale.» Après le meeting, que fait Abdoulaye Wade ? Je revois encore son cortège. Il dit : «D’ailleurs, même les feux rouges, je ne les reconnais pas.» Il commence à prendre le Boulevard du Général de Gaulle, brûlant les feux rouges (Rires). Je riais avec des camarades qui étaient dans la voiture. On disait : «Camarades, Abdoulaye Wade n’est pas sérieux. Comment il peut dire qu’il ne respecte pas les feux rouges, cela n’a rien à voir.» Wade disait : «Je ne reconnais pas ; je vais créer un gouvernement parallèle. C’est la loi». Tout cela, il l’a dit ; les Sénégalais s’en souviennent bien. Les archives sonores et écrites en témoignent. Donc, ce n’est pas lui qui, aujourd’hui, peut nous donner des leçons. Aucun dirigeant de l’opposition aujourd’hui, n’a tenu de tels propos de Abdoulaye Wade, quand il était dans l’opposition. Tout ce que les gens disent concerne la gestion du pouvoir ; mais c’est notre droit. C’est cela que la loi dit : nous sommes opposants. S’il gérait bien le pays, on n’en serait pas là.

Est-ce que vous avez conscience de l’immensité du chantier qui vous attend, si toutefois vous gagnez les élections, dans la reconstruction de l’Etat ?

L’Etat est à reconstruire entièrement. Aucune règle n’est respectée, aujourd’hui, dans le fonctionnement de l’Etat. Nous sommes dans un Etat-PDS. Les fonctionnaires sont obligés, aujourd’hui, tous, de s’afficher. Si vous ne vous affichez pas, vous n’avez pas de responsabilité. Ensuite, il y a les promotions dans la hiérarchie et, à tous les niveaux, la façon même dont l’Etat fonctionne. Wade a foulé au pied toutes les règles élémentaires de l’Etat. La Justice, l’administration centrale, territoriale, sont mises aux ordres. Même le gouvernement est dépouillé de ses attributions, au profit d’agences qui sont logées à la présidence de la République. Ce que nous avions dénoncé avant. Avant, il n’y avait que le PCRPE basé à la Présidence. Quand on était dans l’opposition, à la Ca 2000, on l’a dénoncé pour dire qu’il doit revenir maintenant au ministère. Mais, aujourd’hui, à quoi on assiste, avec l’APIX, l’ANOCI, avec tout ce qu’il y a comme agences créées et qui dépendent directement du président de la République ? Des agences sur lesquelles les ministres n’ont aucune prise. Le gouvernement est dépouillé et les ministres sont maintenant transformés en organisateurs de meetings. Les secteurs les plus importants de l’Etat, du fonctionnement de l’économie nationale, c’est le Président qui les gère directement. Quand je l’ai dit, ils se sont plaints pour dire que je ne sais pas ce qui se passe à l’ANOCI. J’ai dit que là n’est pas le problème ; c’est que ANOCI ne devrait pas exister. Il y a des ministères qui doivent organiser la Conférence islamique. Le fils de Abdoulaye Wade, Karim Wade, n’a aucune compétence pour organiser une conférence de l’OCI. Il n’a pas de parcours diplomatique. C’est une conférence internationale. Le Sénégal regorge de diplomates chevronnés qui connaissent le monde musulman, qui ont l’expérience de ces conférences de OCI Si c’est cela le critère, ce n’est pas lui qui devait y être. M. Karim Wade - je n’ai rien contre ce jeune homme - n’a aucune compétence pour gérer des deniers publics. Il n’a jamais travaillé dans l’administration pour les gérer. On dit qu’il a une expérience dans une banque privée. Combien d’années d’ailleurs ? Je ne sais même pas. Et compte tenu de son âge, il n’a même pas cinq années d’expérience dans la gestion dans une banque privée, à l’étranger. Ce n’est pas cela qu’on peut faire prévaloir pour organiser une conférence de OCI Nous avons des comptables publics chevronnés qui devaient rendre compte, parce que tout l’argent que le Sénégal reçoit, ce sont des deniers publics. Que ce soit donné dans des «valisettes» ou par chèques au Trésor public, c’est l’argent du pays. Les fonds politiques, c’est l’argent du contribuable. Donc, ce garçon-là, Abdoulaye Wade ne devait pas le mettre à ce poste de responsabilité ; il n’a aucune qualité pour ça. Ce n’est pas une question personnelle entre lui et moi. Moi, je l’ai vu ; il n’a jamais participé à une réunion politique jusqu’à l’avènement de son père. Je ne sais pas quelle contribution particulière il a apportée à l’alternance. Il a comme adjoint un directeur exécutif, M. Baldé, qui est commissaire de police de son état. Quelle expérience diplomatique, il a pour prétendre diriger une conférence comme OCI ? Il a été catapulté aux fonctions d’inspecteur général d’Etat, après l’alternance. Il était dans un bureau de la police à la Présidence dans les trucs d’analyse. C’est tout ! Etant donné son âge, il n’a même pas l’expérience administrative. Il est secrétaire général de la Présidence de la République. Or, dans tous les pays démocratiques, le secrétaire général de la Présidence de la République, c’est celui qui bénéficie d’une expérience administrative chevronnée, qui connaît tous les textes de l’Etat, qui est sa mémoire institutionnelle. Les gens qui ont occupé ce poste étaient très férus en matière administrative. Abdou Diouf l’a été en tant qu’ancien administrateur de la France d’Outre-mer, ancien gouverneur etc. Jean Collin, bien sûr, compte tenu de son parcours administratif. Il y avait eu l’ancien ministre de l’Education nationale, André Sonko, avec une longue expérience administrative, qui était chef du Bureau Organisation et méthode (BOM). Le secrétaire général du gouvernement et le secrétaire général de la Présidence de la République doivent être des administrateurs très qualifiés, qui connaissent les textes, les rouages de l’administration, qui doivent être quotidiennement dans leur Cabinet pour préparer des dossiers pour le Président. Ils doivent être en dehors de toute activité politique au quotidien pour que l’Etat républicain demeure dans son fonctionnement. Quelqu’un qu’on met secrétaire général de la Présidence, qui n’a pas ce bagage-là, qui cumule ça encore avec l’organisation d’une conférence, cela ne fait pas sérieux. Quelles sont les motivations derrière ça ? Cela ne peut être que des problèmes d’argent à contrôler. Cela ne peut que l’être parce que ce n’est pas l’efficacité que l’on recherche. Il y a des dizaines de Sénégalais qui auraient un meilleur profil que ces gens-là. C’est ça que nous dénonçons. Aujourd’hui, l’Etat est par terre. Le Journal officiel, quelquefois, vous attendez longtemps avant que les textes ne soient rendus publics. Tout cela, c’est parce que les gens qui doivent faire ce travail ne sont pas aptes à le faire. L’Etat, aujourd’hui, est en désorganisation totale. Il faut reprendre sa réorganisation. Même Abdou Diouf qui avait mis son frère Maguette, on l’avait critiqué, mais quand même on ne peut pas le comparer à Karim Wade. Maguette Diouf avait été quand même directeur de l’Ecole nationale d’informatique, à Libreville. Il était directeur de la DTAI, ingénieur en informatique. C’est un parcours professionnel très concret. Donc, même quand on fait le népotisme, il faut le faire dans le bon sens. On dira que celui-là, il a quand même du mérite personnel et non parce que c’est le fils ou le frère d’un tel.

Pour vous donc, cela participe à la gestion opaque de l’argent des Sénégalais ?

Ces agences-là ont pour seul objectif de rendre opaque la gestion. Comme elles sont transférées à la Présidence de la République, comment voulez-vous que ceux qui sont chargés de contrôler la gestion soient, eux-mêmes, les gestionnaires ? Ce sont des arguments objectifs qu’il faut, pour que les Sénégalais comprennent. Quelqu’un qui dirige l’Inspection générale d’Etat, qui est lui-même gestionnaire de projets, mais qui va contrôler sa gestion ? Voilà le problème ! Tous les directeurs de ces agences sont logés à la Présidence de la République, au même titre que l’IGE. Certains d’entre eux-mêmes en sont membres ou la dirigent. (Rires) Comment voulez-vous que IGE soit un organisme neutre ? Elle ne peut pas. Voilà une institution qui est totalement discréditée aujourd’hui. Donc, les bons paient pour les mauvais. Les gens n’ont plus confiance en la justice, à tous ces organismes de contrôle, au gouvernement. Tous les jours, des milliards s’envolent. Regardez les ICS ! Le Président avait annoncé qu’il allait amener le dossier des ICS au tribunal. Que s’est-il passé depuis lors ? Je le défie d’amener ce dossier au tribunal. Cela va finir en eau de boudin…

Pourquoi ?

Tout le monde a vu le document des audits des ICS Abdoulaye Wade, lui-même, a dit, publiquement, que ce sont des cas de prévarications. Quels sont ceux qui en sont à la base ? Si on amène ces gens au tribunal, beaucoup de têtes vont tomber, au plus haut niveau. C’est un secret de Polichinelle.

Quand vous voyez tout cela, êtes-vous habité par l’optimisme ou le pessimisme pour le Sénégal ?

Je suis un militant. Je suis optimiste. Dans mon parcours politique, j’ai vu des situations difficiles, mais je suis resté toujours serein et optimiste. Le régime de Abdoulaye Wade, c’est une parenthèse tragique dans notre histoire. Une parenthèse tragique faite de déceptions pour le peuple sénégalais qui croyait vraiment que c’est une ère nouvelle, de progrès démocratique, économique, de moralité dans la gestion des affaires publiques, qui s’ouvrait. C’est tout le contraire, aujourd’hui. A la face du monde, nous offrons le triste spectacle d’un pays qui va à la dérive, mais cela ne me conduit pas à être pessimiste. Au contraire, il y a justement les ressources, aujourd’hui, humaines, pour réagir. C’est ce que nous sommes en train de faire pour corriger au plus haut, au plus vite, ces dérives et remettre le pays dans une autre perspective. C’est tout à fait possible et nous nous sommes investis dans la CPA et les citoyens aussi individuellement s’organisent parce que dans la presse, les organisations de la SOCIété civile, tout le monde dit qu’il faut s’organiser car ce pays appartient à tous. Il n’appartient pas à Abdoulaye Wade et à son Pds. Les hommes et les femmes qui réfléchissent disent qu’il faut faire quelque chose. Alors que cet homme avec son parcours avait tout pour réussir et le Sénégal aurait pu s’en sortir.

(A suivre)

ENTRETIEN AVEC… Abdoulaye BATHILY, secrétaire général de la LD/MPT : «C’est Wade le chef des faucons»

Dans notre édition d’hier, le Pr. Bathily, secrétaire général de la LD/MPT, dans toute la verdeur de ses propos, avait critiqué les opacités de la gestion des agences logées à la Présidence ainsi que l’effondrement de l’Etat. Il revient ici avec la même tonalité sur les ombres qui entourent le processus électoral. Pour lui, Wade, le véritable chef des faucons, ne veut pas organiser les élections à date, parce que connaissant la situation actuelle du Sénégal…

Vous êtes dubitatif quant au respect du calendrier électoral. Y a-t-il des éléments objectifs qui fondent ce doute ?

Nous sommes en fin avril bientôt. Au 3/4 les populations ne sont pas inscrites. Nous avons une population électorale qui avoisine les 5 millions. Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur prétend qu’il a trois millions d’inscrits. Mais, il n’y a aucun contrôle sur les inscriptions sur les listes ; la CENA ne fait pas son travail, les partis politiques n’ont pas accès au fichier. Ensuite, ces inscriptions se font dans la pagaille totale. Dans les départements de Vélingara et de Linguère où j’étais, il n’y a pas d’inscriptions. Si la commission existe, il n’y a pas de groupe électrogène. Si le groupe existe, la commission n’a pas les moyens pour aller dans les villages. Dans tous les départements, c’est la même situation. Je connais ce qui se passe dans le département de Bakel qui fait 1/10e du territoire en étendue ; jusqu’à présent, les 9/10 èmes ne sont pas touchés par les inscriptions.

Dans un mois, les pluies vont commencer à tomber sur une bonne partie du territoire national. Même si les commissions et les moyens existent, on ne pourra plus se déplacer dans le monde rural pour aller inscrire les gens, faute de transport. Ensuite, pour ceux-là déjà inscrits, il y a plusieurs problèmes déjà apparus. Des milliers ont été inscrits, ont reçu leur carte, mais ont vu que leur photo d’identité était floue. Ce sont des cartes inutilisables. Ces détenteurs de cartes avec des photos floues sont obligés de repasser devant les commissions ; sinon, ils seront renvoyés le jour du scrutin. Ensuite, dans le processus des inscriptions, on n’a pas fait la distinction entre les citoyens.

On dit, au départ, que les gens s’inscrivent pour la carte d’identité, puis reviennent pour exprimer leur intention de voter à tel ou tel endroit. On a qu’à faire attention : les militaires, les gendarmes, les policiers et les douaniers, tous ceux qui n’ont pas le droit de voter, ont reçu leur carte d’identité ; en même temps, ils sont inscrits automatiquement sur les listes électorales. Quand cette question a été soulevée, ils ont dit : «C’est vrai, on n’a pas fait attention, mais on va voir comment prendre les fichiers de l’Armée, de la Police, de la Douane, des Magistrats, et les enlever des listes électorales.»

Comment ce travail doit être fait ? Ce sont des dizaines de milliers de gens qui sont concernés. Les effectifs de l’Armée, c’est du domaine des secrets de défense. Comment on peut contrôler cela ? Comment on va contrôler les militaires inscrits, dont certains, entre temps, vont quitter l’armée et d’autres la rejoindre ? Comment ce travail de vérification peut se faire dans les délais ? C’est impossible.

Ensuite, à six mois du scrutin, il y a toute une série d’opérations à faire : avoir une liste électorale fiable, vérifiée et publiée, à six mois avant le scrutin. Il faut que les gens puissent vérifier s’ils sont omis, si leur nom est mal écrit. C’est la période du contentieux qui doit durer au moins un mois. Tout cela n’est pas fait. D’ici le mois de février, si on prolonge les inscriptions jusqu’au mois d’août, comme on prête l’intention au ministre de l’Intérieur, c’est sûr que nous nous trouverons dans une situation où, de manière pratique, il sera impossible d’organiser les élections en février.

Avec la relance de la dynamique de guerre en Casamance, dans le département de Bignona, d’Oussouye, de Ziguinchor, les inscriptions n’y peuvent pas se dérouler. Avec les réfugiés en Gambie, en Guinée-Bissau, les villages qui commencent à se vider de leur population. On n’arrivera pas à une paix dans trois mois pour un déroulement normal des élections dans ces localités.

Il y a tellement de problèmes dans ce pays qu’Abdoulaye Wade ne veut pas d’élections. Il veut prolonger son mandat comme celui des députés et continuer à gouverner le Sénégal. Nous ne l’accepterons pas !

D’où vient, selon vous, la certitude d’une victoire aux élections des libéraux ?

Ils pensent qu’ils ont les moyens financiers. Mais d’où viennent-ils ? A la veille des campagnes de 2000, Wade, en tant que candidat, avait promis d’abord 100 000 francs Cfa par communauté rurale ; il n’a rien pu sortir. Ensuite, il a dit 50 000 et il n’a pas pu le faire.

Malgré tout, nous avons mené la campagne dans des conditions de dénuement total. Le pays était mûr pour le changement. Nous avons ébranlé le pays sur la base d’une conviction politique et d’un argumentaire très serré. Les populations nous ont suivis.

Aujourd’hui, c’est ce Pds qui aligne des millions pour chaque petite réunion, qui distribue des voitures. Alors, le pays doit se demander d’où vient cet argent. Toutefois, l’argent ne suffit pas. Le PS avait plus d’argent que nous en 2000, mais les populations savent toujours faire la distinction.

C’est malheureux, aujourd’hui, des gens disent : «Naniou dem ci Pa bi ; am na khaliss.» (Allons voir le vieux, il a de l’argent : Ndlr.). Ils forment un comité pour sa réélection. Ce qui se passe, aujourd’hui, dans le pays, ils l’apprendront à leurs dépens. Le jour des comptes viendra.

Nourrissez-vous, aujourd’hui, quelques inquiétudes par rapport aux problèmes confessionnels et religieux, notamment avec l’incident survenu à la Cathédrale ?

Cela montre à quel point il y a un manque de responsabilité de la part de nos dirigeants. A supposer que ce soit une bavure policière, la moindre des choses pour un Etat est que le ministre de l’Intérieur prenne les médias pour s’excuser auprès des fidèles catholiques.

Cela se fait à travers le monde. Il y a tellement de témoignages concordants que je ne peux pas dire que c’est faux. Ceux qui y étaient ont vu les policiers à l’intérieur. Ils sont sortis, ont donné le compte-rendu très précis. C’est parce qu’ils ont été hués, conspués par les fidèles rassemblés dans le parvis de l’église qu’ils ont été obligés de se replier à la DIC.

Après avoir appris que Jean-Paul Dias est allé chez lui, ils l’ont rattrapé. C’est un fait ! Pour le calme et la sérénité dans le pays, ils auraient dû présenter leurs excuses depuis le premier jour. Quand même, ce pays nous appartient, à tous, chrétiens, musulmans, adeptes du bois sacré ou autres. Le domaine des croyances, il ne faut pas y toucher, si on veut maintenir l’équilibre social.

Ce qui se passe en Côte d’Ivoire peut se passer, ici, au Sénégal. On a vu ce qui se passe en Casamance, aujourd’hui. C’est un processus de marginalisation qui nous y a amenés. Wade avait dit que, dans les 100 jours, il allait régler le problème. Cela fait sept ans ; il n’aura rien réglé. Au contraire, il a aggravé la situation en Casamance. Aujourd’hui, la guerre est réanimée. Il va finir son mandat, il n’y aura pas de paix.

Donc, le Sénégal, comme n’importe quel pays, peut être dans cette situation. C’est pourquoi il faut mettre fin à ce régime d’Abdoulaye Wade. S’il continue, perdure, le tissu social va éclater. Pendant les 40 ans du PS - c’est vrai qu’on s’est opposé à ce parti -, on n’a jamais atteint ce niveau. Senghor ne s’est jamais attaqué à la religion musulmane. Abdou Diouf appartenait à telle ou telle confrérie, les gens s’en moquaient. Chacun doit vivre sa religion comme il l’entend. On doit respecter les croyances, les convictions de chacun.

Jean-Paul Dias n’est pas un criminel ! On a amnistié des criminels dont les mains sont tachées du sang de Me Babacar Sèye. Ces gens et leurs commanditaires vaquent à leurs affaires. Sous prétexte de faire l’unisson dans le pays, on a classé l’affaire des délits contre Talla Sylla, Balla Gaye. Jean-Paul Dias n’a rien fait de tout ça.

Vous êtes souvent assez disert sur la possibilité d’émergence d’un 3 ème pôle avec Idrissa Seck qui a déclaré sa candidature à la présidentielle. Pourquoi ?

Nous allons faire partir le régime de Abdoulaye Wade. Vraiment, c’est notre principale préoccupation, aujourd’hui. Maintenant, pour les forces qui veulent construire, tout le monde n’est pas obligé d’aller ensemble. Chacun peut aller de son côté, mais nous croyons à notre Coalition pour l’alternative.

Nous estimons que l’héritage de ce régime, en 6 ans, sera tel qu’il faudra des forces multiples autour de valeurs, de principes, pas des individus, pour vraiment rétablir le Sénégal dans une situation d’équilibre national. Sinon, c’est la voie ouverte au chaos.

Wade se présentait comme celui qui, individuellement, peut régler tous les problèmes du Sénégal, mais on a vu ce que cela nous a donné. C’est pourquoi d’ailleurs, dans notre coalition, nous avons dit que l’élément le plus important, ce sont les élections législatives. Il faut avoir une majorité à ces élections pour faire une réforme institutionnelle.

Le Sénégal sera un pays à gros risques, si on maintient l’institution présidentielle, telle qu’elle existe, aujourd’hui, les pouvoirs que la Constitution donne au président de la République. C’est comme si on donne un fusil-mitrailleur à un fou qui joue avec. Si c’est quelqu’un d’équilibré, il peut bien mener le pays à bon port, mais s’il ne l’est pas, il peut sombrer. J’ai combattu Senghor, il m’a mis en prison plusieurs fois. J’ai combattu Abdou Diouf, il m’a mis aussi en prison : j’ai été, à un moment donné, dans son gouvernement.

Cependant, on peut quand même reconnaître que, du point de vue de leur esprit de responsabilité, ils ont contribué à créer l’exception sénégalaise. En Afrique, c’est le seul pays qui est resté sans coup d’Etat militaire, sans guerre civile de grandeur ampleur.

C’est dû à quoi ? Ils se sont, certes, accrochés au pouvoir pendant 40 ans, mais il y a des limites qu’ils n’ont jamais voulu franchir. Chaque fois qu’il y avait des crises majeures, ils ont reculé, créé un espace de dialogue, de négociations, à partir duquel a émergé un consensus qui a permis au pays de continuer sa marche dans le sens du progrès démocratique jusqu’à l’alternance de 2000.

Sous ce rapport, il faut rendre hommage à Senghor et Diouf. S’ils s’étaient accrochés uniquement à leur pouvoir, ils n’auraient pas fait les réformes du code électoral et tout cela. L’opposition serait dans la rue ; il y aurait un climat insurrectionnel permanent et, au bout du compte, on serait peut-être dans la guerre civile, les coups d’Etat.

Mais, aujourd’hui, ce sont des gens obsédés par leur pouvoir, qui ne veulent donner aucun espace, en moins de 6 ans. Les bénéficiaires mêmes de cette exception sénégalaise veulent, aujourd’hui, la jeter dans la poubelle. Nous ne pouvons pas l’accepter !

Est-ce que vous percevez la candidature de Idrissa Seck comme quelque chose qui peut participer….

(Il coupe). Vraiment, je préfère ne pas en parler. Aujourd’hui, nous sommes en train de construire notre CPA. En son temps, on en parlera, si c’est nécessaire mais, pour le moment, chacun travaille là où il travaille, fait ce qu’il doit faire. Notre objectif : faire en sorte que Wade et son Pds-là débarrassent le plancher, sur la base d’un programme. Maintenant, dans d’autres secteurs, s’il y a d’autres forces qui veulent travailler avec nous dans ce sens, on verra bien. Pour le moment, cette question, qui n’est pas venue à maturité, ne se pose pas.

Suite et fin

http://www.lequotidien.sn/articles/article.CFM?article_id=34617

Soro DIOP

 

Source : Le Quotidien

Soro DIOP

 

 

 

Accueil | Historique |Orientation | Direction | Fonctionnement | Galerie | Quoi de neuf? | Adhérez | Contactez-nous