Mais qui est athée, qui est communiste, Monsieur Baldé ?

Par Me Wagane FAYE Député à l’Assemblée nationale

Décidément, par les temps qui courent, tout est de plus en plus sens dessus dessous dans notre pays. Cela est d’autant plus incompréhensible que l’invite à entretenir un climat politique apaisé, à même de laisser intact le tissu social de notre pays, fuse de tous côtés.

«L’OCI, ce n’est pas pour les athées ou les communistes qui veulent se reconvertir». A l’évidence, une telle sortie ne participe pas de la création des conditions d’un climat politique apaisé. Inadmissible est cette réaction du secrétaire général de la présidence de la République, Abdoulaye Baldé, à l’opinion exprimée par le Professeur Abdoulaye Bathily, sur l’organisation de la conférence islamique, dont la date de la tenue à Dakar vient d’être reportée, pour la seconde fois.

Qui est athée, qui est communiste ? Et dire que c’est quelqu’un présenté comme étant «responsable, fiable et réservé», qui fait de telles attaques personnelles qui n’intéressent pas nos compatriotes, qui ne reposent sur rien, mais qui sont de nature à aviver inutilement la tension.

Rappelons que le Professeur Bathily n’avait que le tort de relever qu’il est anormal que, dans notre pays, le président Wade ne trouve ni dans son propre parti, ni dans la société civile, ni dans les familles religieuses islamiques, ni chez les diplomates sénégalais, quelqu’un à la compétence avérée, compétent et digne de confiance, autre que son propre fils, pour mériter d’occuper le poste de président de l’ANOCI.

Abdoulaye Bathily a ainsi dit haut et fort ce que pensent sincèrement tous les Sénégalais conscients, et qui fait l’objet de commentaires à l’occasion des cérémonies de mariage, de baptême, de deuil, dans les autocars, dans les grands places, partout.

Même s’il était indiscutable que Karim Wade avec lequel Bathily n’a aucune raison d’avoir des problèmes personnels, a le profil de l’emploi, à tous points de vue, force est de reconnaître qu’il n’est pas indiqué que, dans le cas d’espèce, un père ordonne en quelque sorte les dépenses que son fils exécute. Ce n’est pas pour rien que, dans un service public, dans une société commerciale, dans un établissement parapublic, on ne trouve jamais deux parents proches l’un au poste de directeur, l’autre comptable. La raison n’a pas besoin d’être explicitée, elle coule de source. C’est cela qui rassure. Et c’est compréhensible, car on n’a pas idée d’un cas de figure où un fils contreviendrait aux volontés de son père ou un père exercerait des contrôles rigoureux sur tous les actes de gestion quotidienne de son fils.

Que le président Wade fasse fi de ce souci réel, partagé par tous ceux, Sénégalais ou étrangers, soucieux des questions de transparence du début à la fin de l’organisation de la conférence islamique à Dakar, pousse à se poser à bon escient des questions et à faire des rappels à l’ordre, aux fins de rectification, pour rassurer les pays musulmans qui veulent participer au financement de OCI

Il n’en fallait pas plus pour que Abdoulaye Baldé s’en prît à Abdoulaye Bathily suivant une méthodologie bien spécieuse, précédée d’une sorte de préambule qui dénote manifestement un certain complexe de deux ordres aussi surannés l’un que l’autre, pour un leader politique dans un Etat républicain. Sans s’en rendre compte, il en a choqué plus d’un, parmi ceux qui sont au courant de ses attaques. Il a aussi administré la preuve qu’il n’excelle pas dans l’art de prendre des précautions oratoires en parlant, pour éviter de toucher, par des balles perdues, des tiers à sa querelle avec l’homme Bathily.

M. Baldé fait des insinuations et rappelle qu’à la position qu’il occupe, il sait ce que tout le monde fait. Gare donc à ceux qui, au pouvoir ou à ses alentours, pourraient se livrer à certaines pratiques ou simplement qui ne lui plairaient pas et qui pourraient, en cas de détérioration de leurs relations avec lui, être jetés en pâture. Mais qu’il ne perde pas de vue que, de nos jours, on n’a pas besoin d’avoir accès aux renseignements généraux officiels pour être informé de très bonne source sur ce que font les uns et les autres dans les différentes sphères de l’Etat. Les lettres anonymes, les photocopies de documents ultra secrets se télescopent incessamment entre les mains des acteurs politiques, dans les rédactions, venant de personnes insoupçonnées, situées à des stations qui leur permettent d’avoir l’œil sur tout ce qui bouge. Les menaces de M. Baldé d’être au courant de certaines choses qu’il ne voudrait pas révéler, ne sont que des épouvantails, dont ne se soucient guère ceux qui sont quitte avec leur conscience, sans être indifférents à l’œil de Caïn, au moment où eux-mêmes peuvent détenir des informations valant bombes à fragmentations anéantissantes contre ceux qui brandissent des menaces voilées, qui n’ont que l’insulte à la bouche comme argument politique.

«L’OCI n’est pas pour des athées ou des communistes qui veulent se reconvertir». Elle n’est pas non plus pour les faux dévots. Que veut ainsi dire M. Baldé ? Devient-on athée par le seul fait d’oser inviter le chef de l’Etat à gouverner le pays sur des critères républicains, avec des soucis de transparence dans l’organisation d’une conférence de la Umma islamique ? N’a-t-on pas le droit d’avoir des doutes, lorsque les règles habituelles de gestion de fonds publics sont transgressées ?

Dakar, le 04 mai 2006

 

 

 

 

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