Monsieur le Secrétaire Général,
Le lundi 20 Février à l’occasion d’une déclaration à la presse faite en Français et en Wolof, vous avez, en guise de justification, accusé l’opposition sénégalaise d’avoir fomenté en intelligence avec un Etat étranger, les évènements survenus à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Comme pour préciser davantage votre pensée, vous avez indiqué qu’il s’agit de cette opposition que vous connaissez pour avoir cheminé avec elle dans le passé.
Allusion ne pouvait être plus claire. Aussi, la LD/MPT, dont je suis le Secrétaire Général, et qui, de 1983 à 2000, a cheminé avec le PDS dans l’opposition d’alors, se considère-t-elle à juste raison visée par votre déclaration.
Inspiré sans doute par vous, M. Alioune Sow responsable des jeunes du PDS, dans une intervention au cours d’une émission interactive, de même qu’un parti satellite, sont allés encore plus loin dans l’acte d’accusation en me désignant personnellement.
L’opinion publique nationale et les auditeurs des médias sénégalais à l’étranger ont condamné à l’unanimité ces prises de position à la fois fantaisistes et dangereuses pour notre système démocratique et la politique de bon voisinage de notre pays.
Je n’aurais pas jugé utile de revenir sur cette affaire si elle ne constituait pas le prolongement d’une série d’agressions gratuites contre ma personne depuis plus de deux ans.
En effet, périodiquement, des individus qui ne s’identifient pas, m’envoient des appels téléphoniques et des lettres anonymes où se mêlent les agressions verbales et les menaces de toutes sortes, sous le prétexte que je m’oppose à vos positions et initiatives.
Connaissant certaines des méthodes en cours dans votre parti au niveau le plus élevé, pour vous avoir longtemps côtoyé, je suis fondé de croire que ces menaces contre moi sont orchestrées sur votre propre initiative.
Vous le savez bien, M. le Secrétaire Général, la LD/MPT est tout sauf un parti de manipulation et encore moins celui de la violence et du crime politique.
Le débat d’idées autour du progrès du Sénégal et du monde a toujours été notre credo.
En homme d’honneur, vous auriez pu reconnaître publiquement qu’en plusieurs occasions, nous nous sommes opposés à votre proposition d’inviter les syndicats et le Mouvement Etudiant à décréter des grèves générales pour soutenir nos initiatives politiques d’opposants d’alors. Nous avons sans cesse défendu que les organisations de Travailleurs et d’Etudiants doivent être laissées à leurs revendications matérielles et morales.
En 1999-2000, vous avez encore insisté pour inclure les syndicats et les étudiants dans le soutien à votre candidature. Nous avons rejeté cette proposition en arguant que les membres des organisations sociales doivent garder leur totale liberté individuelle de soutenir le candidat de leur choix.
Votre mémoire ne saurait avoir faibli au point de nous accuser aujourd’hui de ce qui était votre démarche constante du passé.
Ensuite, M. Le Secrétaire Général, vous ne pouvez pas oublier que je m’étais opposé aux initiatives qui avaient conduit à la pose de pièges dans des voitures à la Sicap Dieuppeul en 1988 et à la diffusion de tracts d’une prétendue « Armée du peuple » appelant à l’insurrection des Forces Armées contre le pouvoir d’alors.
Au cours d’un meeting unitaire en 1989 à Niary Tally (Dakar), sans en avoir discuté avec nous, vous avez appelé les jeunes à se munir de coupe-coupe, de cailloux et de chaînes de vélo pour résister aux forces de l’ordre.
La LD /MPT qui est composée d’hommes et de femmes responsables a toujours été, avec son Secrétaire Général en tête, à la pointe des manifestations pacifiques dans la rue. Il en a été ainsi lors des manifestations de l’ADS (1985), de la Coalition Sopi (1988), de la CONACPO (1991), etc., au cours desquelles j’ai été souvent arrêté et bastonné par la police alors que le Secrétaire Général du PDS avait trouvé chaque fois le moyen d’être dégagé par ses gardes de corps, « pour des raisons de sécurité », au moment de l’arrivée des Forces de l’Ordre.
Qui doit recevoir des leçons de courage physique ?
Je ne rappellerai pas l’assassinat de Maître Babacar SEYE dont vous avez fait gracier puis amnistier les auteurs et commanditaires, l’agression contre M. Talla Sylla, jusqu’ici impunie etc.
M. le Secrétaire Général, l’observation que j’ai faite de votre cheminement, et notamment la façon de traiter vos adversaires du moment, me porte à croire que les hommes de main qui ont fait de moi une cible depuis deux ans, n’agissent sans doute pas de façon isolée et de leur propre chef.
C’est pourquoi, Monsieur le Secrétaire Général, je tiens à rappeler que les injures, les menaces n’entament en rien ma détermination dans le combat que je mène à la tête de la LD/MPT avec la confiance des militants de ce parti.
Dans le passé, vous avez pu éprouver à votre profit le caractère inébranlable de cette détermination fondée sur les valeurs de l’engagement militant, sur le plan physique et moral, autour de principes de vie qui ne changent pas au gré des circonstances et pour des intérêts particuliers.
Cette lettre ouverte a pour seul but de mettre en garde solennellement les apôtres de la violence comme arme politique contre ceux qui osent quand il le faut et pour l’intérêt national.
Je veux que le pays et l’opinion internationale soient avertis et pris à témoins pour que si d’aventure, quelque chose m’arrivait, ils sachent, d’ores et déjà, de quel côté chercher mes agresseurs et leur commanditaire.
Abdoulaye BATHILY
Secrétaire Général de la LD/MPT