REMOUS AUTOUR D’UN PRIX / MANIFESTATION A PARIS - Contre le prix Houphouët Boigny décerné au Président Wade : La CPA pour décerner le trophée des dérives

Par : Cheikh Fadel BARRO

Hier (mardi 2 mai 2006), l’opposition a tenu une conférence de presse pour annoncer officiellement la naissance de la Coalition populaire pour l’alternative (CPA). Une occasion saisie, pour tirer à boulets rouges sur le gouvernement et pour annoncer la nouvelle démarche pour chasser Wade du pouvoir. La première en perspective : une manifestation à Paris pour dire non au prix Houphouët-Boigny décerné à Me Wade, par l’Unesco.

La bataille politique va se déplacer à Paris dans la capitale française. La Coalition populaire pour l’alternative (CPA), à peine née, a décidé de faire le déplacement en France pour faire la fête au Président Wade, le 19 mai prochain, quand ce dernier doit recevoir le prix Houphouët-Boigny pour la paix. L’annonce a été faite, hier, lors de la conférence de presse organisée par les leaders de l’opposition pour «baptiser la CPA». C’était au siège du Parti de la réforme (PR) où les militants ont fait le déplacement pour adhérer à la nouvelle étape franchie par l’opposition dans sa dynamique unitaire avec comme objectif de «bouter Wade hors du pouvoir».

En effet, si l’opposition va à l’Hexagone, ce n’est pas sûrement pour applaudir le chef de l’Etat comme il le veut lui-même, assure Abdourahim Agne qui présidait la séance. C’est plutôt pour manifester son désaccord, précise-t-il. Dans une correspondance adressée à certains membres de cette classe politique, le directeur de l’Unesco invite ses opposants à assister à la remise du prix Houphouët-Boigny à Me Wade. Seulement, dans cette missive, l’émetteur indique que cela est un souhait du lauréat. Ce que l’opposition trouve scandaleux, d’autant plus que Me Wade n’avait pas besoin de passer par là pour les inviter. De toutes les façons, la tentative est vaine. Déjà, en France, des Sénégalais sont en train de s’organiser pour manifester et l’opposition va aller gonfler le lot des manifestants, avise M. Agne.

Toutefois, ce ne sera pas toute l’opposition qui va se rendre en France. En effet, selon Abdourahim Agne, «il y aura une manifestation de l’opposition à Paris pour ceux qui sont favorables à cela».

Pourquoi l’opposition tient-elle à manifester contre la remise du prix Houphouët Boigny à Me Wade ? La réponse se trouve sur le principe, semble-t-il. «Par rapport à la situation de restrictions des libertés que l’on voit au Sénégal, il est inadmissible et contradictoire qu’on reçoive un prix touchant à la liberté et à la démocratie.» A cet égard, la CPA cite l’arrestation de Jean-Paul Dias et dénonce les conditions de sa détention à la prison de Reubeuss. Moustapha Niasse, de l’Afp, soutient même que «le cas du Sénégal n’est plus singulier». En effet, explique-t-il, le pays est devenu ridicule par le comportement quotidien de son Président qui ne respecte pas sa parole. C’est pourquoi Abdoulaye Bathily de la LD/MPT pense que la date des élections, fixée pour le 25 février, est changeable et avec le gouvernement en place, il est impossible d’avoir quelque chose de clair et définitif.

En tout cas, l’heure n’est plus aux discours, estime Moustapha Niasse qui déclare que la naissance de la CPA inaugure une nouvelle démarche et une méthode nourrie par l’action pour faire entendre raison à Abdoulaye Wade.

Source  : Le Quotidien du Mercredi 3 mai 2006

URL  : http://www.lequotidien.sn/articles/article.CFM?article_id=34724 (consulté le 3/05/2006)

 

FRANCE - Veillée d’armes pour un accueil : Pds et opposition préparent la «réception» de Wade

Par Julien FOUINEAU - Correspondant permanent en France

4 000 places. Toutes les structures mobilisées. Une date : le 20 mai, à 13 heures au Palais des Congrès de Paris. Ce n’est pas le descriptif de la remise du prix Houphouët-Boigny qui se tiendra le 16 mai au siège de l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) dans la capitale française et pour laquelle Me Abdoulaye Wade sera à l’honneur. C’est «une manière de le recevoir et de marquer le coup», note Chérif Sy, secrétaire général de l’Union des jeunesses travaillistes et libérales (UJTL) de Paris, lors d’un grand meeting de rassemblement. Cette réunion des militants, souhait du Président lui-même, est la suite politique, logique, pour le Parti démocratique sénégalais (Pds) de la semaine initiée par le prix Houphouët-Boigny et la semaine sénégalaise qui suit. Reste à savoir si les 4 000 places seront remplies.

Du côté du Collectif africain de lutte contre les violences politiques (CACVP), «on est en train de demander une autorisation de manifester sur le parvis des Droits de l’homme avec d’autres associations», explique Babacar Bâ, son porte-parole. En effet, l’organisation veut, de 14 heures à 20 heures, manifester avec les partis politiques pour «avoir des explications sur la remise du prix. (…) (qui demande notamment de ne pas donner de prix à un pays qui a des prisonniers politiques : NDR.) Et pour nous, Jean-Paul Dias est un prisonnier politique». Avant d’ajouter, non sans ironie : «Nous n’avons jamais vu des présidents sillonner le monde pour prendre des prix. C’est typiquement africain…»

Le Parti de l’indépendance et du travail (PIT) promet une «grande manifestation». Mais, sous le drapeau de la Coalition populaire pour l’alternative (CPA). «On va harmoniser nos positions», explique Sékou Souaré, «car pour l’instant rien n’est décidé», même si «le principe est acté au niveau des partis». Un lieu pas encore défini non plus, reconnaît-il, «mais il est fort possible que nos actions s’étalent au-delà du 16 mai», contrairement au CACVP qui ne veut «pas nuire à l’image du Sénégal». Pour le PIT, «tant que (M. Wade) sera en France nous allons poursuivre».

Des mobilisations qui n’inquiètent pas Doudou Sidibé, le porte-parole de la Cellule initiative et stratégie (CIS), et qui sera également de la partie lors du grand meeting du 20 mai. «Les militants de l’opposition ne sont pas aussi nombreux que nous ici», précise-t-il.

Des actions qui peuvent ressembler à une «menace», selon M. Sidibé, «mais, cela ne nous fait pas reculer d’un iota. S’il veulent jeter le discrédit sur le Sénégal…».

Source  : Le Quotidien du Mercredi 3 mai 2006

URL  : http://www.lequotidien.sn/articles/article.CFM?article_id=34727 (consulté le 3/5/2006)

SOUVENIRS - Album d’hier, aujourd’hui : Wade rattrapé par son passé

 

Par : Cheikh Fadel BARRO

L’histoire a ses drôles de tournures de mettre les personnes en face de leurs œuvres. Du miroir de leur passé. En 1998, les partisans de Wade manifestaient à Paris contre le régime de Diouf, aujourd’hui son opposition s’apprête à lui porter le même coup à Paris. Entre temps, ces anciens compagnons se retrouvent en face de lui, mais restent fidèles à leur ligne de conduite.

Octobre 1998. Les compagnons d’Abdou Diouf à l’époque se souviennent d’une manifestation qui avait fait «très mal». «Très, très mal», se rappelle Abdourahim Agne, à l’époque président du groupe parlementaire socialiste. En effet, il maintient toujours que «l’on n’a pas besoin d’aller sur la Seine pour étaler nos problèmes internes». En tout cas, Cheikh Tidiane Dièye, ancien conseiller en communication du Président Diouf se souvient d’instants «pénibles» où un sentiment confus gagne l’individu face à la surprise et l’incompréhension. Du dépit, il en avait aussi, se remémore M. Dièye. Même du côté des organisateurs de la contestation, on reconnaît la dureté du coup porté au régime à l’époque.

Cette démarche de l’opposition avait-elle sonné le glas du régime de Diouf ? Les évènements qui ont précédé semblent l’attester, avec l’alternance qui survint le 19 mars 2000.

Aujourd’hui, l’histoire se répète. Abdoulaye Wade devenu Président doit affronter la contestation, à Paris, comme lui-même l’avait cautionné contre Abdou Diouf. Ses titres de docteur Honoris causa seront remis en cause et son prix Houphouët-Boigny pour la paix, chahuté dans la capitale française. Mais, le hic, c’est que ses compagnons à l’époque se retrouvent en face de lui. Et le Parti socialiste, qu’il combattait, sera en pole position dans la contestation pour porter le même coup à l’ancien compagnon et adversaire. Dans ce jeu où l’arroseur se retrouve à la place de l’arrosé, Ousmane Tanor Dieng, dans son nouveau costume d’opposant, estime qu’«Abdoulaye Wade est rattrapé par son passé» et qu’«il ne doit pas s’en plaindre». C’est que l’argument du Premier secrétaire est que, en démocratie, «il faut accepter qu’on vous joue les mêmes coups que vous avez déjà joués à d’autres».

Pour Sémou Pathé Guèye du PIT, ce n’est pas de gaieté de cœur qu’ils rouspètent par cette manière, mais il le faut pour faire entendre raison à Me Wade. Son avis est qu’on «choisit les armes qu’imposent la nature et le comportement de l’adversaire». Surtout que, poursuit-il, Me Wade ne se gène pas à poser les problèmes du pays à l’étranger.

De toutes les façons, M. Guèye croit que les raisons d’alors qui les avaient poussés à manifester à l’étranger sont restées valables sous l’alternance. En fait, sous le même registre, Cheikh Tidiane Dièye, ex-conseiller en communication de Diouf, analysant ce retournement de situation, pense que le régime de Me Wade n’a pas eu l’intelligence de tirer les conclusions de leur démarche. En effet, argumente-t-il, «l’opposition ne manifesterait pas à Paris, si le régime n’avait pas verrouillé les libertés». Comme pour conforter Sémou Pathé qui croit que «le patriotisme n’est pas une affaire de circonstance ou de personne».

 Source  : Le Quotidien du Mercredi 3 mai 2006

URL : http://www.lequotidien.sn/articles/article.CFM?article_id=34726 (consulté le 3/5/2005)

  

RETROSPECTIVE - Quand l’opposition manifestait contre Abdou Diouf au Palais-Bourbon : Remake de la scène sur les bords de la Seine

 Par : Soro DIOP

Octobre 98. Une première dans l’histoire. Cette histoire qui ne se répète pas. Ou qui se répète une seconde fois encore comme tragédie. Une première dans l’histoire : Abdou Diouf, premier chef d’Etat d’Afrique noire à s’adresser à l’Assemblée nationale du pays de Marianne. Une répétition encore tragique, un tantinet comique aussi, de l’histoire avec l’opposition sous l’alternance qui envisage une contre-manifestation pour protester contre le prix décerné au Président Wade par l’Unesco. Comme naguère par un frisquet après-midi l’opposition de l’époque l’avait fait contre Abdou Diouf au Palais-Bourbon. Flash-back…

Comme l’histoire sait parfois faire dans les dérisions ! Il y a de cela huit ans, précisément un certain mercredi 21 octobre 98, l’opposition sénégalaise exportait ses hoquets rageusement contestataires contre le Président Abdou Diouf, à travers qui l’Assemblée nationale, pour dévaliser le communiqué de la présidence de la représentation française, entendait «ainsi rendre un hommage au Sénégal, et au-delà, marquer l’importance qu’elle attache au monde francophone et aux relations avec l’Afrique». Cinq chefs d’Etat et de gouvernement avaient eu auparavant ce rare privilège, avant Abdou Diouf.

C’était sans compter avec une opposition décidée à ne pas laisser Diouf seul sur scène sur les bords de la Seine pour savourer les délices de ce prestige. Elle avait décidé «de suivre Diouf partout» et surtout d’exporter ses divergences avec ce dernier jusqu’aux alentours du Palais Bourbon. L’opposition estimait alors que le Sénégal, «longtemps précurseur d’une démocratie originale, en Afrique, connaît, depuis quelques années, une dégradation dramatique des mœurs politiques». (Sic !)

A l’époque, scindée en deux entités, l’Alliance des forces pour le changement et l’alternance (AFCA) et le Bloc républicain pour le changement (Brc), l’opposition s’était bruyamment invitée à la cérémonie au Palais-Bourbon où Abdou Diouf devait prononcer un discours devant les parlementaires français, Laurent Fabius notamment. Parmi les leaders de cette opposition, étaient présents à la manif’, Abdoulaye Faye du Pds, Abdoulaye Bathily de la LD/MPT, Amath Dansokho du PIT. Abdoulaye Wade et Djibo Kâ étaient les seuls leaders en vue à l’époque à ne pas se présenter sur les lieux, à la sortie du métro Invalides. Ce dernier avait préféré, lui, organiser une conférence de presse. Dans une correspondance parue dans le quotidien national Le Soleil du jeudi 22 octobre 1998, Modou Mamoune Faye fixait pour la postérité les images des militants de l’opposition qui «avaient déployé des banderoles et criaient leur désapprobation par rapport à l’invitation du Président Abdou Diouf par les députés français. Aux cris de : «Abdou Diouf, dictateur ! », ils manifestaient pour plus de liberté et de démocratie au Sénégal». Les Crs faisaient face aux manifestants. Au milieu des clameurs, rapportait alors notre confrère du Soleil, Pape Samba Mboup du Pds fulminait : «Ils l’(Abdou Diouf) ont fait passer par la porte dérobée.»

IRONIE DE L’HISTOIRE

A ses côtés, les députés Abdou Fall du groupe LDP et Sanou Dione du groupe DL. Au confrère du Soleil, Landing Savané confiait alors : «Nous sommes venus afin de protester contre l’utilisation de cette invitation. C’est comme si on voulait faire passer Abdou Diouf pour le candidat de la France aux élections présidentielles de l’an 2000. Le Sénégal n’est pas du tout la vitrine de la démocratie, comme on veut le faire croire aux Français.» Même tempo contestataire chez Amath Dansokho soutenant que les manipulations constitutionnelles du Ps «ont compromis le caractère démocratique des élections de l’an 2000». Ou encore Abdoulaye Bathily pour qui «la torche de la démocratie en Afrique est devenue la lanterne rouge». Là où Abdoulaye Faye du Pds défendait que «c’est Abdou Diouf lui-même qui l’a fait en voulant redorer son blason auprès des Français afin d’être avalisé par la France». Son «frère» d’aujourd’hui, Abdou Fall rugissait que «l’opposition sénégalaise traquera Abdou Diouf partout dans le monde».

Dans un article, qui avait suscité beaucoup de clameurs à l’époque, Stephen Smith, dans le quotidien français Libération, titrait : «Abdou Diouf à l’Assemblée, ses opposants dans la rue». Relatant l’événement, le journaliste français y allait d’un style un tantinet ironique. «Les dignitaires étaient sous les lambris, au Palais-Bourbon, les contestataires dehors, dans la rue.» Plus caustique, Stephen Smith écrivait alors : «Dans le Palais-Bourbon, cantonnée dans un square, l’opposition sénégalaise a donné la voix : «nous prenons à témoin l’opinion française», a dit l’ex-ministre Amath Dansokho, entouré de vingt-sept parlementaires de l’opposition, ceints de leur écharpe. Plus tôt, Abdoulaye Wade avait déjà contesté à Diouf sa qualité de «démocrate», l’accusant de fraude électorale massive. L’ennui, c’est que Wade fait la navette entre le pouvoir et la rue, tribun à l’approche d’un scrutin, ministre au lendemain de sa défaite.» Le journaliste français, au détour de son compte-rendu, reprenait un titre de nos confrères de Sud, titre qui semble n’avoir pas pris, aujourd’hui, la moindre ride : «Le Sénégal lave son linge sale dans les eaux de la Seine.» Huit ans après, ce qui semble avoir changé, à certains endroits, ce sont les acteurs. Les uns, comme les socialistes rendent, aujourd’hui, à Me Wade devenu Président et récipiendaire d’un prix de l’Unesco, la monnaie de sa pièce prêtée le 21 octobre 1998. Les autres re-bobinent le film dans une inchangée posture d’opposants. Un film rejoué avec du neuf… pour le Vieux et dont le titre pourrait toujours s’intituler «Le Sénégal lave son linge dans les eaux de la Seine». Quelle scène de l’histoire !

Source  : Le Quotidien du Mercredi 3 mai 2006

URL  : http://www.lequotidien.sn/articles/article.CFM?article_id=34725 (consulté le 3/5/2006)

 

INSTALLATION OFFICIELLE DE LA CPA : L’opposition annonce la révolution

Par : Ibrahima Lissa FAYE

La Coalition populaire pour alternative (CPA) est sur orbite en perspective des prochaines élections. Elle a été officiellement installée hier, mardi 2 mai, au cours d’une conférence de presse tenue au siège du Parti de la réforme (PR), sis à Fann résidence. Les leaders de cette coalition ont, non seulement réaffirmé leur volonté d’aller ensemble aux élections législatives, mais n’écartent pas l’idée d’une présidentielle de 2007 sous une seule bannière pour battre le régime en place. Tout en restant très vigilante face « aux tentatives de fraude et de manipulation du fichier », la CPA émet, en revanche, de sérieuses réserves sur la volonté du gouvernement à organiser des élections.

Il faut compter avec la Coalition populaire pour l’alternative (CPA) aux prochaines élections. Ce cadre unitaire regroupe le Parti socialiste (Ps), l’Alliance des forces de progrès (Afp), Ligue démocratique/mouvement pour le parti et le travail (LD/MPT), le Parti de la réforme (PR), le Parti de l’indépendance et du travail (PIT), le Rassemblement national démocratique (RND), le Mouvement pour le socialisme et l’unité (MSU), bref une vingtaine de partis politiques de l’opposition. Elle a été installée officiellement hier, mardi 2 mai, à l’occasion d’une conférence de presse organisée au siège du PR sis à Fann résidence. Militants, responsables et leaders de ces partis politiques se sont, ainsi, retrouvés vers la fin de la matinée chez Abdourahim Agne pour marquer l’événement dans les pages d’or de l’histoire politique du Sénégal. Tout a été fait pour créer les conditions et planter le décor d’un baptême. La somme de ces éléments a, sans doute, poussé le secrétaire général de l’Afp, Moustapha Niasse à déclarer : « c’est le début d’une révolution politique dans la méthode, l’action et l’approche. Ce cadre se fonde sur la volonté des leaders et des partis d’aller aux élections législatives et présidentielle ». Les leaders de la CPA ont, en effet, essayé de dissiper les craintes des militants et commun des sénégalais qui estiment que cette coalition ne fera pas long feu. Le secrétaire général du PR, Abdourahim Agne cherche à soulager en indiquant : « nous sommes persuadés que nous allons gagner largement les élections, si nous nous accordons à aller vers un régime parlementaire ouvert. Nous n’aurons pas de problèmes, nous avons intérêt à aller ensemble ». Selon Ousmane Tanor Dieng, « tout est clair dans nos têtes, nous agissons en homme responsable. Ce n’est pas un homme dont nous avons besoin pour le type de régime que nous allons instaurer, mais une équipe solide, compétente et crédible. Avec le régime parlementaire, le pouvoir n’est pas concentré entre les mains d’une personne comme le régime présidentiel négro africain que nous vivons. Wade a tous les pouvoirs et ne répond de ses pouvoirs à personne ». C’est sur cette lancée que les leaders de la CPA ont fait savoir qu’ils sont en train de travailler pour consolider l’unité et la cohésion sur la base d’une cohérence politique et idéologique (partis de gauche d’obédience sociale démocrate) qui constituent un acquis. En qu’en effet qu’il n’est pas écarté qu’ils aient ensemble à l’élection présidentielle avec un programme de gouvernement alternatif et un contrat de mandature bien défini.

« Traquer la fraude et la manipulation du fichier »

La question liée au processus électoral a, par ailleurs, été au centre de cette conférence de presse. Les leaders de l’opposition ont passé au crible toutes les possibilités de « fraude ». Chacun y est allé de ses propres explications en fonction des expériences vécues dans la lutte contre la fraude. Ils ont affirmé qu’ils vont affiner leurs stratégies et mécanismes de surveillance et de lutte contre « la fraude électorale et la manipulation du fichier ». L’opposition demeure toujours pessimiste quant à l’organisation des élections en février 2007. « Nous nous demandons si nous irons aux élections et dans quelles conditions. Si elles vont se tenir, cela risque de cafouiller. On ne peut pas comprendre comment quelqu’un peut s’inscrire 23 fois. Il faut remettre tous les manquements et problèmes du processus électoral sur la table. On n’a pas le droit en matière électorale de prendre des décisions tout seul. Le pouvoir prend des décisions unilatérales et intempestives », a renchéri, Abdourahim Agne. Le secrétaire général de la LD/MPT d’abonder dans le même sens pour souligner : « objectivement, au rythme où vont les choses, c’est impossible d’aller aux élections. Nous n’accepterons pas que des gens inconnus dans un village ou une localité viennent pour y voter ».

La CPA a exprimé sa volonté de s’engager dans la bataille pour la libération du Premier secrétaire du Bloc des centristes Gaïndé (BCG), Jean Paul Diaz. Elle a, en outre, avancé qu’elle va dévoiler les grands axes de son plan d’actions pour venir à bout du régime libéral dans les prochains jours à l’occasion d’une conférence de presse de leurs plénipotentiaires. Les leaders qui ont les moyens d’aller à Paris se joindront aux militants et responsables de l’opposition sénégalaise de l’extérieur, précisément, à Paris pour manifester à la remise du prix Houphouët Boigny au président de la République, Me Abdoulaye Wade.

Source  : Sud Quotidien du mercredi 3 mai 2006

URL  : http://www.sudonline.sn/politique.php (consulté le 3/5/2005)

 

Appel au dialogue : L'opposition rejette la main tendue du chef de l'Etat
Par : Yakhya MASSALY

L'appel au dialogue lancé par Me Abdoulaye Wade à l'opposition semble être voué à l'échec. Les alliés de la coalition populaire pour l'alternative (CPA) sont catégoriques. Selon eux, il ne peut y avoir de dialogue tant que les leaders de l'opposition seront convoqués à la police ou arrêtés.

'Il n'est pas question de dialoguer actuellement avec Abdoulaye Wade. C'est exclu', ont déclaré en chœur les leaders de la Coalition populaire pour l'alternative (CPA), hier, au cours de leur conférence de presse, au siège du Parti de la réforme (PR). Abdourahim Agne, secrétaire général du PR, par ailleurs porte-parole du jour de la CPA, d'expliquer cette position ; 'Il serait difficile pour notre coalition de dialoguer, comme le souhaite Me Wade, au moment où nos leaders sont jetés en prison ou sont constamment convoqués à la Dic'. En un mot, résume-t-il, 'au moment où il y a une restriction véritable des libertés individuelles et collectives'.

Les leaders de la CPA opposent ainsi un refus catégorique à toute tentative de dialogue avec le chef de l'Etat, du moins pour le moment. 'C'est pourquoi, la CPA n'a pas donné suite à la lettre du Premier ministre relative à la mise sur pied d'un comité paritaire pour enclencher le dialogue', a révélé Abdourahim Agne. Et il gardera cette position "tant qu'il (le président Wade : Ndlr.) instaure ce climat de terreur, d'emprisonnement".

Répondant à la question relative à l'invitation à Paris des leaders de la CPA par le directeur général de l'Unesco pour assister à la remise du prix Félix Houphouët Boigny pour la paix à Me Wade, le secrétaire général du PR d'indiquer que la CPA ira à Paris le jour indiqué. Non pas pour applaudir Me Wade, mais précise-il, 'pour manifester dans le dessein de montrer à la face du monde que le prix qu'on lui donne, est un prix de complaisance qui n'a rien à voir avec les réalités dans son pays'.

Source  : Walfadjri Quotidien du mercredi 3 mai 2006

URL  : http://www.walf.sn/politique/suite.php?rub=2&id_art=28319 (consulté le 3 mai 2006)

LA CPA SUR LES RELATIONS POUVOIR-OPPOSITION : « L’environnement n’est pas propice au dialogue politique »

Par : Babacar DIONE

Créée le 2 avril 2006, la Coalition populaire pour l’alternative (CPA) a été officiellement présentée à la presse par les 20 partis d’opposition qu’elle regroupe. Ces derniers ont saisi l’occasion pour réaffirmer leur volonté de répondre au dialogue politique lancé par le pouvoir, tout en soulignant que les arrestations et convocations de la Dic ont rendu “ l’environnement non propice à ce dialogue ”. Les leaders de l’opposition promettent de dérouler un plan d’actions “ pour vaincre le régime libéral ”.

Pouvoir et opposition sur la même table pour dialoguer. Ces deux camps manifestent une telle volonté au Sénégal. Pourtant, celle-ci tarde à se concrétiser, malgré le dernier appel du chef de l’État, à l’occasion de la fête du 4 avril. La cause de cette situation est à trouver, selon l’opposition réunie au sein de la Coalition populaire pour l’alternative (CPA), dans l’environnement qui “ n’est pas propice au dialogue ”.

“ Convocation et arrestation à la Division des investigations criminelles des hommes politiques, ferme volonté des gouvernants d’instaurer au Sénégal un régime de terreur, menace sur les acquis démocratiques : manifester son opinion ou marcher, etc. ”. Les griefs de l’opposition sont nombreux. Et ses plénipotentiaires, Ousmane Tanor Dieng, du Parti socialiste (Ps), Abdoulaye Bathily de la Ligue démocratique mouvement pour le parti du travail (LD/MPT), Moustapha Niasse de l’Alliance des forces de progrès (Afp), Madior Diouf du Rassemblement national des démocrates (RND) ne sont pas partis par quatre chemins pour les souligner à ce point de presse qu’ils tiennent, ce mardi 02 mai, au siège du Parti de la réforme d’Abdourahim Agne. “ Le dilatoire, l’incertitude et l’absence de concertation sur la gestion du processus électoral ne peuvent déboucher que sur la tension permanente et la confrontation que nous vivons et pour lesquelles Me Wade est seul responsable ”, analysent-ils. Et l’opposition d’ajouter : “ ce climat est évidemment incompatible avec le dialogue politique que nous estimons nécessaire et utile au pays ”.

Ousmane Tanor Dieng et ses camarades engagent leur “ responsabilité d’hommes politiques et de citoyens ”. Pour eux, celle-ci “ est doublement engagée ”. C’est pour cette raison qu’ils disent en appeler à “ l’ensemble des Sénégalais mobilisés dans et au-delà des cadres politiques pour administrer une défaite cuisante à Me Wade et à ses affidés ”.

La Coalition populaire pour l’alternative (CPA), mise sur les fonts baptismaux le 02 avril 2006, suite à une décision d’unité prise par les opposants au régime libéral, le 04 août 2005, lors d’un point de presse, constitue, selon M. Agne, un acte posé pour “ la victoire sur le régime libéral ”. “ Une autre gouvernance pour consolider la démocratie et abréger les souffrances des populations ”, renseigne l’opposition, ajoutant que la CPA s’inscrit dans la durée.

L’opposition informe qu’elle ira à Paris pour assister à la remise du prix Houphouët-Boigny pour la paix que le président Wade va recevoir. Il ne s’agira pas pour ses membres “ d’applaudir ”...

L’opposition a exprimé son pessimisme sur la décision du chef de l’État de tenir les prochaines élections le 25 février 2007. Pour Abdoulaye Bathily, “ au rythme où vont les choses, il est impossible d’aller aux urnes à cette date ”. Selon lui, “ il y a de nombreuses irrégularités sur le processus : non-démarrage des inscriptions dans certaines localités, des erreurs dans la confection des nouvelles cartes d’électeur et d’identité numérisées ”.

Un plan d’actions pour une alternative politique

Les leaders de l’opposition ont exprimé leur engagement “ à construire une alternative politique et programmatique au régime en place, suffisamment pertinente pour prendre en charge les attentes des populations ”. “ L’exigence d’alternative est grande dans le pays et le temps est à l’action ”, ont-ils déclaré.

En vérité, il s’agit, pour M. Agne et ses camarades, “ d’appeler les concitoyens à prendre ensemble des décisions et à mener des actions qui engagent leurs espoirs et leur vie quotidiens au lieu de les confier à des stratégies technocratiques ou à des manœuvres politiciennes, la rhétorique populiste en plus ”.

Pour eux, “ la démocratie a plus que jamais besoin de simplicité et de lisibilité : celle d’une vision vaste et crédible de l’avenir, d’un véritable projet de société ”.

C’est dans cet esprit que “ l’opposition va prochainement dévoiler un plan actions. Ce plan repose sur des axes stratégiques majeurs : “ un programme alternatif commun de gouvernement qui sera très prochainement présenté aux Sénégalais, des actions de mobilisation autour des questions électorales pour consolider et élargir leur organisation et qui seront définies en fonction des situations et des urgences ”.

Pour l’opposition, “ l’alternance réalisée le 19 mars 2000 a été une amorce forte, mais suffisamment construite et dévoyée par la suite. Le combat est à poursuivre pour bouter Me Wade hors du pouvoir afin de faire aboutir une alternative véritablement démocratique ”. Répondant aux doutes sur la possibilité pour l’opposition de réussir son unité du fait de problèmes de leadership, Ousmane Tanor Dieng explique que “ dans sa trajectoire vers la victoire, celle-ci n’a pas besoin “ d’homme providence, mais d’une équipe ”. “ Et cette équipe existe déjà ”, selon le chef de file des socialistes.

Source  : Le Soleil du mercredi 3 mai 2006

URL  : http://www.lesoleil.sn/article.php3?id_article=10689

http://www.lesoleil.sn/article.php3?id_article=10690 (consulté le 3 mai 2006)


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