MANIF A PARIS CONTRE LE PRIX UNESCO

ABDOULAYE BATHILY ECRIT AU DIRECTEUR GENERAL DE L’UNESCO
« Les membres du jury ont soit été abusés, soit ont fait preuve de complaisance »
Nettali.com |15 mai 2006 | 20:39
C’est une vraie lettre au vitriol que le leader de la Ligue démocratique, mouvement pour le parti du travail (LDMPT), Abdoulaye Bathily vient d’adresser au Directeur général de l’Unesco, Koïchiro Matsuura. C’est pour dénoncer le prix attribué au président Wade. « Je trouve que les membres du jury du prix Houphouët Boigny, ont été soit abusés, soit ont fait preuve de complaisance, en portant leur choix sur M.Abdoulaye Wade, initiateur d’un régime despotique. Bathily qui trouve que « la crédibilité de ce Prix, parrainé par l’Unesco, se trouve compromis », énumère un ensemble de griefs qui justifie sa position.
Si Abdoulaye Bathily a décidé de ne pas se rendre à Paris en France, pour assister à la cérémonie de remise du prix Félix Houphouët Boigny, c’est que « M.Abdoulaye Wade ne mérite pas cette distinction ». Et pour cause, « depuis son accession au pouvoir, à la suite des élections transparentes et pacifiques de février et mars 2000, M.Wade s’est employé à instaurer un régime de pouvoir personnel, fait de népotisme et de suppression des acquis démocratiques, qui avaient fait du Sénégal, une exception dans la région ouest africaine ». Le leader de la LDMPT en veut pour preuves le fait que Me Wade ait « gracié les assassins (Ndlr, de Me Sèye) indemnisé en catimini la famille de la victime, puis fait prendre une loi d’amnistie, couvrant les assassins et les commanditaires de cet assassinat ». Bathily rappelle bien, dans cette correspondance adressée au Dg de l’Unesco, que « l’assassinat de l’étudiant Balla Gaye reste impuni, tout comme la tentative d’assassinat de M.Talla Sylla, dirigeant du parti Jëf-Jël ». Abdoulaye Bathily pointe aussi du doigt le fait que « les dirigeants de l’opposition, dont le seul tort est de critiquer la mal gouvernance du régime de Wade, sont régulièrement convoqués à la Division des investigations criminelles (DIC), transformée en police politique, certains traînés devant les tribunaux (M.Abdou Rahim Agne, l’ancien Premier ministre Idrissa Seck, Ibrahima Sène, M.Jean-Paul Dias, le maire Pape Diouf). Alors que « d’autres sont soumis à un harcèlement permanent, voire aux menaces sur leur vie ». Le chef de file Jallarbiste veut également attirer l’attention de M. Matsuura sur les « modifications de la Constitution, de la loi et des règles électorales en vue de se maintenir au pouvoir ». Mais aussi sur « l’épreuve de force » qu’il a engagée « contre la presse indépendante » qu’il « tente d’étouffer par de multiples mesures » après avoir « fermé l’accès des médias d’Etat (radio et télévision) à l’opposition et à tous ceux qui ne partagent pas ses opinions et au profit exclusif de lui-même, des membres de sa famille et de son parti ».
LETTRE-REPONSE - Le Pr. Bathily décline l’invitation du Dg de l’Unesco : «La crédibilité du prix se trouve compromise»
Le Pr. Abdoulaye Bathily n’a point fait dans l’ambiguïté et dans les contorsions diplomatiques. A la lettre du 22 mars 2006, par laquelle le Directeur général de l’Unesco, «à la demande de M. Abdoulaye Wade- récipiendaire», l’invitait à la cérémonie de remise du Prix Félix Houphouët-Boigny, le secrétaire général de la Ligue démocratique/ Mouvement pour le parti du travail (LD/MPT), a répondu, le 12 mai dernier. C’est pour décliner cette invitation.
Le Pr. Abdoulaye Bathily, leader de la LD/MPT, n’a pas usé de tournures et de détours nuancés pour répondre à l’invitation du Directeur général de l’Unesco, invitation spécifiant que ce dernier agit ainsi sur «demande de M. Abdoulaye Wade». Sans équivoque est la réponse de M. Bathily : «Je suis au regret de décliner cette invitation, car pour moi, M. Abdoulaye Wade, président de la République du Sénégal, ne mérite pas cette distinction.»
Et c’est un chapelet de raisons que le leader de la LD fournit au Dg de l’Unesco, Koïchiro Matsuura, pour justifier sa position. Le Pr. Bathily rappelle : «Au cours de son itinéraire d’opposant, M. Wade a donné l’impression de s’être battu pour la démocratie, avec d’autres dirigeants politiques comme moi-même, qui l’avons côtoyé durant plus d’une décennie.» Toutefois, au Dg de l’Unesco, il tient à signifier que «depuis son accession au pouvoir, à la suite des élections transparentes et pacifiques de février et mars 2000, M. Wade s’est employé à instaurer un régime de pouvoir personnel, fait de népotisme et de suppression des acquis démocratiques, qui avaient fait du Sénégal, une exception dans la région ouest africaine».
Si le Pr. estime que Me Wade n’est pas méritant pour porter la couronne de la paix décernée par l’Unesco, c’est parce que, «depuis quelque temps, les actes posés par le régime» hypothèquent «la paix et la stabilité de notre pays». Pour illustrer sa position, le secrétaire général de la LD s’adosse sur quelques exemples. Au Dg de l’Unesco, il fait remarquer qu’«en 1993, M. Wade, opposant, avait été relaxé lors du procès où il avait été accusé d’avoir commandité l’assassinat de Me Babacar Sèye, Vice-président du Conseil constitutionnel». Or, poursuit Abdoulaye Bathily, «en 2000, les Sénégalais ont appris, avec consternation, que M. Wade, président de la République, a gracié les assassins, indemnisé en catimini la famille de la victime, puis fait prendre une loi d’amnistie, couvrant les assassins et les commanditaires de cet assassinat, «qu’ils aient été jugés ou non» (selon les termes du texte de la loi d’amnistie).» Dans la même foulée, le Pr. Bathily évoque d’autres forfaitures sous le régime de Me Wade : l’impunité concernant l’assassinat de l’étudiant Balla Gaye, tout comme la tentative de liquidation physique de Talla Sylla, le leader politique du Jëf-Jël. Et la série noire a continué encore avec la cascade de convocations de dirigeants de l’opposition à la DIC, «transformée en police politique». Leur «seul tort, relève M. Bathily, est de critiquer la mal gouvernance du régime de Wade». Le dirigeant de la LD cite, entre autres hommes politiques, «traînés devant les tribunaux» ou «soumis au harcèlement permanent», l’ex-Premier ministre Idrissa Seck, le député Amath Dansokho, Ibrahima Sène, Jean-Paul Dias, le maire Pape Diouf. Cela sans compter «l’épreuve de force» que Me Wade a engagée contre la presse «qu’il tente d’étouffer par de multiples mesures».
Au plan des libertés démocratiques, le Pr. Bathily porte à la connaissance du Dg de l’Unesco, les décisions sans consensus prises par le Président Wade, qui «s’emploie depuis quelque temps, à changer de façon unilatérale, les règles du jeu politique, par des modifications de la Constitution, de la loi et des règles électorales en vue de se maintenir au pouvoir». A cela s’ajoute le verrouillage des médias d’Etat auxquels l’opposition n’accède plus, ainsi que «tous ceux qui ne partagent pas ses opinions». La radio et la télévision sont, souligne M. Bathily, «au profit exclusif (de Me Wade), des membres de sa famille et de son parti».
Après avoir relevé tous ces faits et d’autres encore qu’il juge fastidieux d’énumérer, le député Abdoulaye Bathily «trouve que les membres du jury du Prix Houphouët-Boigny, soit ont été abusés, soit ont fait preuve de complaisance, en portant le choix sur M. Abdoulaye Wade, initiateur d’un régime despotique». Et Bathily, avant de conclure, relève : «La crédibilité de ce Prix, parrainé par l’Unesco, se trouve compromise aux yeux des Sénégalais et des Africains aspirant à une gouvernance fondée sur l’Etat de droit et la transparence.»
Soro DIOP -
Source : http://www.lequotidien.sn/articles/article.CFM?article_id=35076
Manif de Paris : NIASS et BATHILY font faux bond à DANSOKHO
Moustapha Niasse et Abdoulaye Bathily ne sont plus attendus à Paris pour prendre part à la manifestation qu'organise l'opposition pour protester contre l'attribution du Prix Houphouët Boigny au président Abdoulaye Wade. A défaut de mobiliser tous ses leaders pour le jour J, la CPA poursuit sa bataille d'opinion et trouve un écho très favorable auprès de la presse française. Après Libération, l’Humanité et le Figaro, c’est au tour des radios d’entrer dans la danse pour brocarder le chef de l’Etat sénégalais. Ainsi, Rtl, l’une des plus grandes stations audiovisuelles françaises, n’a pas ménagé du tout le président Wade que sa journaliste a qualifié de ‘gosse devant un paquet de bonbons’, en faisant allusion au prix qu’il va recevoir.
(Correspondant permanent à Paris) - Après le faux bond d'Ousmane Tanor Dieng à la manifestation de l'opposition à Paris, on annonce depuis hier celui probable de Moustapha Niasse. Ses militants expliquent son absence par la préparation du dialogue islamo-chrétien que le leader de l’Afp est en train d'entreprendre avec le secrétaire général de l’Onu, Koffi Anan. D’ailleurs, Moustapha Niasse se trouverait présentement aux Etats-Unis. Quant à Abdoulaye Bathily, il est également annoncé absent. Le leader du Pit, Amath Dansokho, sera, par conséquent, l'un des rares responsables de la Coalition populaire pour l'alternative (CPA) à rehausser de sa présence la manifestation de l'opposition sénégalaise contre l'attribution du Prix Houphouët Boigny au chef de l’Etat, Me Abdoulaye Wade.
Au moment où dans les rangs de l'opposition, on est en train de frôler la débandade, du côté des représentants de la majorité présidentielle à Paris, on se frotte les mains. En effet, la fédération Pds de France a obtenu son autorisation de manifester. Et selon son président, le député des Sénégalais de l'extérieur, Amadou Ciré Sall, ses ‘frères libéraux’ manifesteront devant les grilles du siège de l’Unesco.
A défaut de pouvoir mobiliser ses ténors dans les rues de Paris, la Coalition populaire pour l’alternative s'est lancée à corps perdu dans la bataille d'opinion. C'est ainsi qu'elle a tenu hier une conférence de presse au siège du Parti socialiste français. Au cours de ce face-à-face avec la presse accréditée à ¨Paris, elle est revenue sur son opposition à l’attribution du prix au président Wade. Elle a ainsi pris prétexte de l’anniversaire de l’assassinat de Me Babacar Sèye qu’elle a mis sur le dos du chef de l’Etat. La CPA argumente son accusation en brandissant le livre d’Abdou Latif Coulibaly : ‘Affaire Me Sèye : un meurtre sur commande’. Suffisant pour l’opposition sénégalaise de dire que Wade ne mérite pas le prix qu’il va recevoir cet après-midi.
Elle semble avoir trouvé un bon relais avec la presse française qui brocarde de plus belle le chef de l'Etat du Sénégal. En effet, jamais les médias français n’avaient formulé autant de critiques acerbes à l’endroit d’un président sénégalais que durant cette période. Et hier, Rtl a franchi le rubicon. Le radio française n’a pas fait dans la dentelle. La journaliste de la station française, Isabelle Datt, qualifie Wade de ‘(…) gosse devant un paquet de bonbons, il adore ça. Ça flatte son ego qui n'est pas mince’, faisant ainsi allusion au prix Houphouët Boigny que va recevoir cet après-midi devant ‘sept chefs d'Etat, six Africains et Jacques Chirac, seront à ses côtés mardi’. La journaliste de Rtl fait remarquer que cette distinction du président Wade lui sera remise au moment où ‘son opposition, elle, a décliné l'invitation (de l’Unesco, Ndlr). Mais elle sera là, dans les rues de Paris, pour protester contre la remise de ce prix qu'à ses yeux, il ne mérite pas’.
Et Isabelle Datt de se demander ‘si le moment est bien choisi pour lui faire une telle faveur. Il est vrai que sa victoire en mai 2000, après 40 ans de pouvoir socialiste, avait été saluée comme un ‘modèle de transition démocratique’ en Afrique. Mais aujourd'hui, son image s'est brouillée’, insiste-t-il. Et Rtl de rappeler la dénonciation des ‘dérives despotiques’ du président Wade par l’opposition sénégalaise. ‘Il n'y a pas un jour où l'opposition et la société civile ne dénoncent pas ses dérives despotiques. Et à moins de dix mois des élections législatives et de la présidentielle, cela ne fait que s'aggraver’, s’alarme-t-elle. Pour la journaliste, ‘on ne compte plus les fermetures de journaux, de radios, les interpellations ou convocations d'opposants, de journalistes, d'artistes, voire d'anciens ministres traités comme de vulgaires escrocs’. Rtl en verve évoque la convocation de Ibrahima Sène du Pit et l’affaire Talla Sylla. ‘Aucune tête ne doit dépasser. Pour s'être interrogé par exemple sur la mystérieuse disparition de 600 millions d'euros, un dirigeant de l'opposition a été embastillé. Un autre attaqué à coups de marteau pour avoir sorti un disque au nom trop évocateur : Wade bouge de là’.
Le couplage des élections et la prolongation du mandat des députés n’ont pas été en reste. Pour Mme Datt, la décision du chef de l’Etat de prolonger de huit mois le mandat des députés et son projet de suppression du second tour de l'élection présidentielle ‘ne font que pourrir un peu plus le climat’.
La crise interne n’a pas également échappé à la vigilance de notre consœur. ’Vous qui connaissez votre Jules César sur le bout des doigts, je vais vous citer cette locution latine : ‘Tu quoque mi fili’. Wade a trouvé son Brutus. Son fils spirituel vient d'annoncer sa candidature à la présidentielle. Ses sept mois de détention sans jugement ont eu raison de ses derniers scrupules. Il veut maintenant tuer le père, une décision qui lui fera plus de mal qu'aucune opposition ne peut lui en causer’. Ainsi parle-t-elle de la candidature de l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck. Pour Rtl, Idrissa Seck va jouer sur ‘la désillusion’. ‘Tant qu'Abdoulaye Wade dissimulera ses échecs par l'intimidation, il trouvera des adeptes’, soutient la radio française.
Cette virulente sortie de Rtl fait suite à celle des autres médias français. Le Figaro, l’Humanité et Libération n’ont pas raté le chef de l’Etat sénégalais. Tout dernièrement, c’est le Monde qui sort un reportage sur les conditions de vie des Sénégalais. Jamais les médias français ne se sont autant intéressés à ce qui se passe au Sénégal.
Moustapha BARRY
Source : http://www.walf.sn/politique/suite.php?rub=2&id_art=28669
VISITE A LA RTS - La CPA dénonce l’accaparement du service public : La responsabilité des journalistes engagée
La Coalition populaire pour l’alternative (CPA) était, hier, dans les locaux de la Radiotélévision nationale (RTS) pour dénoncer l’accaparement des médias d’Etat par le parti au pouvoir. Mais, pour les compagnons de Dansokho, seul absent des leaders de l’opposition, hier, on ne peut pas exclure la responsabilité des journalistes sur cette question.
Le geste «n’est ni neutre, ni fortuit, ni innocent». L’opposition était, hier, dans les locaux de la Radiodiffusion télévision du Sénégal (RTS) pour dénoncer «la métamorphose du service public de l’audiovisuel en un instrument de propagande, de louanges, de manipulation mentale et de combat politique mis au service exclusif du Parti démocratique Sénégal (Pds)». Le constat de la bande à Ousmane Tanor Dieng, qui a lu la déclaration de l’opposition devant le Directeur général adjoint, Malick Ndiaye, est que les activités de la CPA sont reléguées «dans les limites indignes d’une clandestinité médiatique». Mais, à qui la faute ? S’il est clair, pour la CPA, que «le dysfonctionnement des médias du service public est à l’image du désordre démocratique de ce pays», il n’en demeure pas moins que les journalistes ont leur responsabilité dans cette affaire. Pour le chef de file des socialistes, on ne peut évacuer la question de la responsabilité des professionnels de l’information, au regard de l’éthique, des règles de déontologie qui organisent la profession et qui font la noblesse du métier. Une interpellation directe aux journalistes qui en ont d’ailleurs des avis partagés. La salle de la rédaction se trouve au deuxième étage du bâtiment. Ici, des journalistes lisent la presse du jour au moment où d’autres sont visiblement préoccupés par la grande édition du soir. Le chef du Service société de Radio Sénégal, Pape Malick Ndao, par exemple, coordonne au téléphone avec son envoyé spécial en France pour la couverture de la remise du prix Houphouët-Boigny au Président Wade. Après s’être accordé avec son reporter, il tente de défendre la position officielle de son organe sur la responsabilité des travailleurs dans le traitement partisan, souligné par les visiteurs du jour. «Notre rôle, ce n’est pas de plaire le parti au pouvoir.» Pour lui, ce sont plutôt les partis de l’opposition qui n’envoient pas à temps leur demande de couverture. Mais, dans les couloirs, un reporter de la radio pense que l’accaparement de la télévision est une réalité. D’ailleurs, croit-il, la faute incombe à la hiérarchie qui «accepte de recevoir des ordres». Ce que Issa Thioro Guèye, présentateur dans la même boîte admet ; même s’il condamne l’ingérence du politique dans le travail du journaliste. Qu’elle soit de l’opposition ou du pouvoir.
http://www.lequotidien.sn/articles/article.CFM?article_id=35069
L’opposition et la presse française se sont-elles données le la ?
Tandis qu’une bonne partie de l’opposition a décliné l’invite de l’Unesco ?, à se présenter le jour du « sacre » et affirme même organiser en même temps dans la capitale française une manifestation pour s’en démarquer et pour condamner l’attribution de ce prix, la presse française s’en mêle. Très sévère ces temps derniers à l’encontre du président Wade, elle peint « noir », le tableau sénégalais. On le disait la semaine dernière : la presse française est très sévère ces derniers temps contre Wade. Par la voix d’Isabelle Dath du service étranger de RTL, une des radios les plus écoutées dans l’hexagone, à la suite d’une bonne partie de la presse écrite, les ondes s’y mettent.
A écouter notre consœur, parlant du Prix Houphouët Boigny décerné au chef de l’Etat sénégalais, « on peut se demander si le moment est bien choisi pour lui faire une telle faveur. Il est vrai que sa victoire en mai 2000, après 40 ans de pouvoir socialiste, avait été saluée comme un "modèle de transition démocratique" en Afrique. Mais aujourd'hui, son image s'est brouillée. Il n'y a pas un jour où l'opposition et la société civile ne dénoncent ses dérives despotiques. Et à moins de dix mois des élections législatives et de la présidentielle, cela ne fait que s'aggraver. On ne compte plus les fermetures de journaux, de radios, les interpellations ou convocations d'opposants, de journalistes, d'artistes, voire d'anciens ministres traités comme de vulgaires escrocs. Aucune tête ne doit dépasser …» Pour notre consœur de Rtl, le président de la République du Sénégalais est contesté jusque dans son propre camp.
En effet, rapporte-t-elle, « …son fils spirituel vient d'annoncer sa candidature à la présidentielle. Ses sept mois de détention sans jugement ont eu raison de ses derniers scrupules. Il veut maintenant tuer le père, une décision qui lui fera plus de mal qu'aucune opposition ne peut lui en causer. Ancien Premier ministre, Idrissa Seck va jouer sur la désillusion. Tant que Abdoulaye Wade dissimulera ses échecs par l'intimidation, il trouvera des adeptes ».
Tandis qu’une bonne partie de la presse française « brocarde » le président Wade, ou se fait l’écho de ses contempteurs de l’opposition notamment, celle-ci n’est également pas en reste. Non contente de ne pas se rendre à l’Unesco pour y applaudir le « président de tous les Sénégalais », elle lui dénie même le droit de recevoir ce prix. C’est ainsi que dans une correspondance en retour, adressée au Directeur général de l’Unesco, le Pr. Abdoulaye Bathily, de la Ligue démocratique/Mouvement pour le parti du travail (LD/MPT) refusant l’invitation s’en explique. « Je suis au regret de décliner cette invitation car pour moi, Me Abdoulaye Wade, président de la République du Sénégal, ne mérite pas cette distinction… Depuis son accession au pouvoir… Me Wade s’est employé à instaurer un régime de pouvoir personnel, fait de népotisme et de suppression des acquis démocratiques qui avaient fait du Sénégal une exception dans la sous région ouest africaine… » Suivent comme pour étayer son propos, une multitudes d’exemples parmi lesquels, la loi d’amnistie dite loi Ezzan, les embastillements des dirigeants de l’opposition, le changement de « façon unilatérale les règles du jeu politique, l’accaparement des médias d’Etat… » Pour conclure son « réquisitoire », le Pr. Bathily, le néo-opposant à Wade après avoir travaillé à son élection en 2000, apostrophe le Directeur général de l’Unesco : « Désormais la crédibilité de ce Prix parrainé par l’Unesco se trouve compromis aux yeux des Sénégalais et des Africains, aspirant à une gouvernance fondée sur l’Etat de droit et la transparence... »
En écho à la sortie du leader « jallarbiste », l’un des derniers des partis sénégalais : « TAARU SENEGAAL ». Réuni en Conseil exécutif provisoire (Cep), le dimanche 14 mai dernier, la formation politique du Coordonnateur général, EL Hadj Ndiaye Diodio, «considérant la logique de conservation du pouvoir par la dissolution aberrante du fichier électoral, le couplage forcé des élections, les inscriptions sur les nouvelles listes électorales avec son lot d’impairs bien programmés, le code électoral en chantier, le vote militaire sans concertation avec l’opposition et la société civile, soutient la manifestation de l’opposition à Paris et estime qu’elle est une bonne leçon aux tenants du pouvoir actuel et à ceux à venir», note le communiqué sanctionnant les travaux du Cep.
Madior FALL
Source : http://www.sudonline.sn/actualite1.php

Virulente critique du journal français Le Monde contre le président Wade
Encore une attaque en règle de la presse française sur Wade. Le Monde, grand quotidien national de référence de la France, dans un commentaire signé par un de ses éditorialistes Philip Bernard tire à boulets rouges sur Wade. Un article qui est du même ton que l'édito sonore de RTL hier. Voici le texte.
Source : Le Monde (France)
Sur la carte incertaine des pays d'Afrique stables, démocratiques et francophones, le Sénégal fait figure de fleuron. Une alternance politique exemplaire, un président aux projets incessants, une croissance économique de 6 % par an et une liberté de la presse écrite enviée. Depuis que la vitrine ivoirienne s'est brisée, le pays de la Teranga semble, pour les Français, avoir pris la relève dans le rôle du "bon élève de l'Afrique".
Symbole de ce statut d'exception, le président Abdoulaye Wade devait recevoir, mardi 16 mai au siège de l'Unesco à Paris, le prix Félix Houphouët-Boigny "pour sa contribution à la démocratie dans son pays et sa médiation lors des crises (...) en Afrique", en présence de Jacques Chirac et de sept chefs d'Etat africains.
Pourtant, il y a quelques mois, M. Wade a refusé d'extrader vers la Belgique Hissène Habré, ancien chef de l'Etat tchadien poursuivi pour "crimes contre l'humanité". Le président sénégalais avait alors cédé aux pressions de certains Africains hostiles à l'idée de faire juger leurs dictateurs "par les Blancs" et à celles de ses pairs, effrayés par un précédent judiciaire dont certains pourraient faire les frais. D'autre part, M. Wade est récompensé à un moment où sur les plans politique, économique et social s'écaille le chromo d'un Sénégal "premier de la classe".
Depuis longtemps déjà, Dakar raillait la bougeotte et la soif de mise en scène du président. M. Wade, 80 ans, avait soulevé les immenses espoirs du sopi - "changement" en wolof, son slogan de campagne - en parvenant au pouvoir en 2000 après une vie passée dans l'opposition. On plaisantait sur les marottes de M. Wade, les "3T" : "tukki, télé, Touba", autrement dit voyager, passer à la télévision et se rendre à Touba, ville sainte de la confrérie musulmane des mourides.
Mais le climat s'est tendu ces derniers mois. Le pouvoir a accumulé les bévues, au point de faire naître l'inquiétude d'une dérive autoritaire et d'accréditer l'idée d'un Sénégal en trompe l'oeil dirigé par un illusionniste de talent.
Deux signaux spectaculaires ont marqué cet ébranlement. Le report d'un an sur décision présidentielle des élections législatives prévues en 2006, et l'incarcération pendant sept mois d'Idrissa Seck, ancien premier ministre et fils spirituel du président Wade, accusé de malversations financières et d'"atteinte à la sûreté de l'Etat" avant d'être largement blanchi.
L'ajournement de l'élection des députés et son couplage avec la présidentielle de février 2007 ont été justifiés officiellement par des raisons d'économies au moment où, à l'été 2005, les Dakarois étaient victimes de graves inondations. Mais le véritable motif en était la crainte d'un échec.
La remise en liberté d'Idrissa Seck en février, après un non-lieu partiel, a appuyé la thèse d'un règlement de comptes politique contre le disciple doué devenu principal challenger. M. Seck, 46 ans, est désormais auréolé du prestige de la victime. Ses mésaventures ont presque gommé son image de jeune héritier trop pressé et arrogant.
L'annonce le 4 avril, jour de la fête de l'Indépendance, de sa candidature à la présidentielle contre M. Wade, son "papa" en politique, est venue ponctuer un psychodrame national. Les poursuites et les placements en garde à vue d'opposants politiques et de journalistes se sont multipliés ces derniers mois, au point que le sigle désignant la division des investigations criminelles - DIC - rythme désormais la vie politique.
Dans ce pays passionné de politique et où la pugnacité journalistique n'est pas une invention récente, le procédé étonne. D'autant que M. Wade doit largement son élection aux médias privés et que, sous sa présidence, la télévision nationale ne s'affranchit guère de la lancinante chronique de ses faits et gestes.
La révélation, par un député de la majorité, d'un projet de suppression... du second tour de l'élection présidentielle - démenti dans l'entourage de M. Wade -, a alourdi un tableau déjà lesté par la longue liste des promesses présidentielles non suivies d'effet. La reprise d'activité des rebelles de Casamance, un dossier que le président avait, en 2000, juré de régler "en cent jours", le degré d'avancement proche de zéro de grands chantiers présidentiels - comme le nouvel aéroport de Dakar prévu pour 2006 -, illustrent la vanité de certaines annonces tonitruantes.
PAYS PARMI LES PLUS AIDÉS D'AFRIQUE
"Il a des ambitions pour son pays, ce n'est tout de même pas un défaut !, plaide un proche du président. Mais sa générosité, sa naïveté dans le choix des hommes le poussent à donner des responsabilités à des médiocres. Il a tellement attendu le pouvoir qu'il a envie de faire tout en même temps." Mais pour Abdoulaye Bathily, l'un des principaux opposants, M. Wade "est prisonnier d'une mafia qu'il a lui-même créée". Dénonçant une "dérive dictatoriale", il souligne le trouble engendré par la stratégie d'un président qui, après avoir écarté ses alliés, gouverne avec d'anciens ennemis.
La gestion de l'économie semble pâtir de ces errements. La récente multiplication des délestages électriques a malmené l'image officielle d'un "pays presque émergent". Non moins surprenante est la façon dont la crise électrique a été provisoirement réglée, par l'intervention directe du fils du président et conseiller spécial Karim Wade, dont les relations professionnelles avec les bailleurs de fonds du Golfe se sont révélées providentielles. La quasi-faillite des Industries chimiques du Sénégal (ICS) et de la filière de l'arachide aggrave le cas d'un pays qui végète au 157 e rang sur 177 au classement du développement de l'ONU.
"Le décalage est énorme entre les discours et la réalité, analyse un haut fonctionnaire en poste à Dakar. Les bailleurs de fonds ont besoin de cette fiction. Abandonner Wade reviendrait à reconnaître que tout fiche le camp en Afrique de l'Ouest. Les Européens comme les Américains ont besoin de lui. C'est pourquoi ils le couvrent d'honneurs." En privé, les représentants des innombrables agences internationales et ONG présentes à Dakar appuient cette analyse. A la Banque mondiale, on insiste sur le "bilan global décevant" d'un pays qui figure parmi les plus aidés d'Afrique.
Certes, le Sénégal, tolérant et ouvert, n'est pas la Côte d'Ivoire, se rassurent les observateurs étrangers. Les Français, aveuglés par leur relation sentimentale avec l'ancienne colonie et leurs intérêts économiques, ont davantage tendance à fermer les yeux sur les fragilités sénégalaises, dont la pauvreté persistante, masquée par un discours moderniste, reste sans doute la plus explosive.
Source : http://www.rewmi.com/index.php?action=article&id_article=285907&PHPSESSID=16e208cbe6adb550b28189ad6cdc38b4